vendredi 23 février 2018

TERREURVISION 5 disponible


Comme chaque année, l'équipe de Terreurvision fait le bilan des pelloches qui foutent les pétoches. Pas seulement celles sorties en salles mais également en VOD, DVD, BluRay
Ce numéro 5 est disponible sur la petite boutique de Médusa.

jeudi 1 février 2018

FRIGHTMARE chez Uncut Movies

Pete Walker a actuellement le vent en poupe dans l'Hexagone et c'est tant mieux ! Uncut Movies vient d'éditer l'un de ses meilleurs films, Frightmare dans un magnifique médiabook limité à 1000 exemplaires. Outre le film, vous retrouverez un documentaire intitulé "Pete Walker : de la grivoiserie au cannibalisme" signé David Didelot, un livret de 28 pages et un poster collector. Pour le commander, c'est ici !
Pour vous donner encore plus l'eau à la bouche, je reproduis ici la chronique que j'avais réservé au film dans le Médusa 27.



Certains ont parfois comparé hâtivement ce film avec le contemporain Massacre à la tronçonneuse de Tobe HOOPER. Il est vrai que, dans les deux longs métrages,  il est question de familles dégénérées aux appétits cannibales mais comme le dit l’adage, comparaison n’est pas raison et Frightmare développe une toute autre thématique. D’abord, dans Frightmare, les dames mènent le bal alors que les protagonistes masculins se contentent de subir, de regarder ou d’être à côté de la plaque. Ensuite, le film met en exergue un criminel d’un autre type, un peu comme si la mère de Norman Bates avait été bel et bien réelle et non le fruit de son imagination. Dorothy Yates (excellentissime Sheila KEITH) est une rabid grannie avant l’heure ! Une mémé friande de cerveaux en sauce qui continue ses forfaits bien après sa sortie de l’hôpital psychiatrique devant le regard soumis de son crétin de mari (le génial Rupert DAVIES : Dracula et les femmes, etc.). Le film s’ouvre sur une séquence en noir et blanc, nous sommes en 1956 sur une fête foraine vidée de ses amateurs.  Là, un homme (Andrew SACHS) est sauvagement assassiné. S’en suit le procès des coupables, Dorothy et Edmund Yates, condamnés à l’isolement en psychiatrie. Avec la couleur, vient notre époque (enfin le début des seventies). Les deux filles du couple Jackie (Deborah FAIRFAX) et Debbie (Kim BUTCHER) tentent de trouver un équilibre. Pas facile car Debbie sombre dans la délinquance et Jackie s’inquiète beaucoup pour elle. Elle en cause d’ailleurs à Graham (Paul GREENWOOD), un psy con comme un balai. Là, McGILLIVRAY et WALKER donnent un coup de griffe à cette profession qui, selon le réalisateur, est surévaluée. Il n’a pas tort le bougre ! Mais généralement, au cinéma, les psys et autres experts sont vendus comme des sortes de héros à l’aura mystique. Ici, c’est un brave couillon qui ne verra pas venir son funeste sort. Evidemment, les quinze années passées à l’asile, n’ont pas guéri les vieux anthropophages et pire, leur perversité semble héréditaire !
 A mes yeux, il s’agit du chef d’œuvre de son réalisateur, celui où il bouscule toutes les conventions, où il déplace le curseur vers plus de trash et de subversion. Il cède aux sirènes du gore mais parcimonieusement. Ces séquences « obligatoires » dans l’horreur contemporaine sont accessoires tant la force et l’esprit du film résident ailleurs. Il est salvateur de voir  des méchants aussi charismatiques, aussi ordinaires. Oublié le poncif de la grand-mère apeurée qui s’évanouit en hurlant, place à la vieille garce cruelle et sadique ! Découvrir aujourd’hui Frightmare nous venge de deux décennies de « slashers » donnant la vedette à des jeunes adultes écervelés. Le film doit beaucoup au talent incroyable de Sheila KEITH, elle domine le casting et écrase de sa prestance les pourtant mignonnes Deborah FAIRFAX et Kim BUTCHER. WALKER déclare que s’il ne devait garder qu’un film dans sa filmographie, cela serait celui-là, je ne peux qu’opiner du chef tant Frightmare m’a poursuivi longtemps après sa vision. Une horreur moderne était donc possible en Angleterre, contrée de l’épouvante gothique. La famille n’est pas forcément ce modèle de stabilité, cet havre de paix et de sérénité, ce précieux réconfort vanté pour toutes les occasions. Non, la famille peut être aussi un nid de vipères malsaines, le lieu secret de toutes les perversités, de tous les tabous : inceste, cannibalisme, homicide. L’humanité est une salope et rarement on nous l’aura montré aussi explicitement que dans Frightmare ! A ce propos, le titre italien tombe à pic car, effectivement, les bêtes sont parmi nous


FRIGHTMARE
Un film produit et réalisé par Pete WALKER (1974)
Titre espagnol : Terror sin habla
Titre italien: Nero criminale – le belve sono tra noi
Scenario: David McGILLIVRAY
Photo: Peter JESSOP
Montage: Robert DEARBERG
Musique: Stanley MEYERS
Avec Rupert DAVIES, Sheila KEITH, Deborah FAIRFAX, Paul GREENWOOD, Kim BUTCHER,  Fiona CURZON, Jon YULE, Nicholas JOHN, Andrew SACHS, Leo GENN…
 


D.L


mardi 23 janvier 2018

MORTELLES CONFESSIONS en BluRay chez Artus



Pete WALKER, d’un monde à l’autre.

Si vous me lisez et supportez ma prose depuis un bail, vous connaissez ma passion et mon attachement pour le cinéma d’épouvante britannique, ma passion pour les Horror Movies. Hammer Forever n’a pas été créé sur un malentendu hasardeux, ça se saurait. La Hammer a brillé de mille feux et a ébloui notre cinéphilie de son incandescence. Pour autant, à l’ombre de cette géante, toujours en Angleterre, d’autres sujets de sa majesté ont œuvré avec talent pour le cinéma que nous chérissons tant.
Pete WALKER, par exemple,  natif de Brighton dans le Sud de l’Angleterre (1939). Autant, et à juste titre, Terence FISHER et John GILLING ont été portés aux nues par la critique et le public, autant le savoir-faire de Roy Ward BAKER ou de Val GUEST a été souligné et défendu, autant Pete WALKER est cantonné dans un relatif anonymat et fait rarement l’occasion de la part de mes confrères d’une rétrospective, hormis un très beau numéro de Nostalgia, le fanzine de Lucas BALBO.
Pourtant, il apparait aujourd’hui comme celui qui cristallise le mieux dans son œuvre le passage de témoin entre le cinéma d’épouvante classique et l’horreur moderne. Ces monstres ne sont plus victoriens mais contemporains, ce ne sont plus des créatures légendaires mais des méchants ordinaires. La force et la singularité de son point de vue naissent de son ambiguïté, de ses intentions sur le fil du rasoir, de son funambulisme entre conservatisme et modernisme, de son fond réactionnaire derrière le vernis du progrès.
Ses films mordent les institutions là où la douleur se niche. Frightmare qui donna ses lettres de noblesse à la Hagsploitation griffe le jeunisme ambiant du cinéma d’horreur qui, au fil des années, voit ses protagonistes rajeunir de plus en plus, jusqu’à être carrément envahi par les teenagers dans les années 80. L’homme d’église de Mortelles confessions n’est pas un modèle de charité chrétienne, ce n’est pas le genre de type à tendre l’autre joue. Ce personnage dénonce l’éternelle hypocrisie des religions tout en s’imaginant comme ultime rempart de la décadence. Pete WALKER ne choisit aucun camp. Il n’a pas d’autre pareil quand il s’agit de donner l’impression d’en préférer un pour mieux défendre l’autre. Pete WALKER s'avère complexe et par conséquent forcément intéressant. Alors, certes ses films sont parfois imparfaits mais c’est la rançon de l’indépendance et du caractère.
Son ultime film, Le manoir de la peur, boucle son œuvre cinématographique débutée en pleine mode de la sexploitation. Réalisé en  1983, soit grosso modo un an après la mort de notre  cinéma (E.T fut le tombeau des années 70), ce long métrage rassemble quatre monstres sacrés du cinéma d’épouvante pour un dernier tour d’horreur : John CARRADINE, Vincent PRICE, Christopher LEE et Peter CUSHING. L’iconoclaste Pete WALKER enfile le costume du classicisme pour un dernier hommage forcément émouvant, a fortiori regardé en chaussant les lunettes d’aujourd’hui, celles du recul et de la distanciation. Dans ce film, nous retrouvons également son actrice fétiche Sheila KEITH, comédienne incroyable, qui connut ses rôles les plus marquants avec WALKER. Si HITCHCOCK aimait les blondes, WALKER apprécie les vieilles et sa filmographie en témoigne. Peu de réalisateurs donnent une telle prime à l’ancienneté, à l’expérience, peu misent sur une actrice vieillissante pour marquer leur œuvre d’une empreinte indélébile. Il s’agit sans doute d’une des plus belles singularités de sa filmographie.


  Après un hommage dans le Médusa 27, Pete WALKER connait les honneurs d'une distribution en BluRay en France. Alors qu'Uncut Movies annonce le génial Frightmare, Artus Films édite deux films Flagellations (House of Whipcord, relire la magnifique chronique de David Didelot dans le Médusa) et Mortelles confessions, moins connu dont je reproduis ici ma chro...



 Après la famille, le duo McGILLIVRAY / WALKER ébranle une autre « monstrueuse » hypocrisie, la religion. Dans ce film, nous faisons la connaissance d’un prêtre particulier, le Père Meldrum, campé par l’excellent Anthony SHARP (Barry Lyndon). Lorsqu’il entend la confession de Jenny (Susan PENHALIGON), plutôt que de l’absoudre de ses péchés, il devient obnubilé par elle, la menace, l’espionne et exerce un chantage à son égard (avec un enregistrement de sa confession à caractère sexuel). Pire, il commence à éliminer son entourage. Pour cela, il emploie ses objets du quotidien : brûlures à l’aide d’un encensoir incandescent, étranglement avec son collier de perles de rosaire, etc. Il fait preuve d’originalité, non ? Ce vieux cureton pervers se voit  accompagné dans la vie d’une vieille mère grabataire (qu’il réduira au silence à l’aide d’une hostie empoisonnée) et d’une gouvernante à l’apparence stricte (Sheila KEITH, toujours aussi glaciale, ici affublée d’un verre noire sur ses lunettes).
 Son appartenance à l’église lui confère une sorte d’impunité ou d’immunité puisque, soit on ne croit pas la jeune femme lorsqu’elle dénonce ses macabres agissements, soit on le couvre pour l’image de l’église.
 Là est la principale force de cette troisième collaboration WALKER / McGILLIVRAY. Jusqu’au terme du long métrage, le prêtre assassin sera épargné, enfonçant le clou de l’omerta plombant l’église.
 Loin de moi l’idée de sombrer dans l’anticléricalisme primaire, mais force est de constater que le propos de Mortelles confessions fait mouche. Néanmoins, compte tenu du sort réservé à ce garant de l’ordre moral (il survit à tous), je ne peux m’empêcher de penser que WALKER éprouve de l’affection pour ce genre de personnages. Une fois encore, son discours n’est pas aussi manichéen qu’il apparait au premier abord…
 Un poil moins féroce que Frightmare, beaucoup moins trash également, House of Mortal Sin se suit allègrement. Nous retrouvons autour de WALKER une équipe de fidèles (directeur photo, scénariste mais aussi comédiens comme Sheila KEITH, Kim BUTCHER, John YULE,  Andrew SACHS…). Cela renforce l’idée de continuité et l’esprit d’œuvre conféré à la filmographie de Pete WALKER. Ce réalisateur singulier qui tourna finalement assez peu (quinze films) n’usurpe pas sa réputation de « culte ». Ses films, certes inégaux, ont un propos qui leur est propre, une ambiance, un esprit contestataire, réactionnaire ou subversif  qui nous change des yes men hollywoodiens ou même des habiles artisans transalpins. WALKER est un cinéaste, un vrai, à redécouvrir d'urgence !


D.L

MORTELLES CONFESSIONS
Un film produit et réalisé par Pete WALKER (1976)
Titre original: House of Mortal Sin
Titre alternatif : La maison du péché mortel
Titre italien: La casa del peccato mortale
Scenario: Murray SMITH
Photo: Peter JESSOP
Montage: Matt McCARTHY
Musique: Stanley MYERS
Avec Anthony SHARP, Susan PENHALIGON, Stephanie BEACHMAN, Norman ESHLEY, Sheila KEITH, Hilda BARRY, Kim BUTCHER, John YULE, Andrew SACHS…
  Blu-ray : Artus Films (bonus d'Alain Petit)